Paris, berceau de start-up numériques

Les entrepreneurs en plein travail à l'incubateur de la Gaîté Lyrique (Crédit photo: Morgane Giuliani)

Les entrepreneurs en plein travail à l’incubateur de la Gaîté lyrique (Crédit photo: Morgane Giuliani).

«Open innovation». C’est le mot clé du secteur numérique à Paris. Dans ce milieu, toutes les technologies (big data, robotique, traitement d’images…) sont transversales et s’appliquent à plusieurs domaines: il ne peut y avoir d’innovation que si les entrepreneurs sont en synergie. C’est d’ailleurs un des principaux axes des politiques de soutien aux acteurs du numériques.

La capitale compte désormais des dizaines d’incubateurs, ces structures épaulant des entrepreneurs dans la création de start-up innovantes. Beaucoup de ces «couveuses», financés par la mairie de Paris, la région Ile-de-France et des investisseurs privés, sont généralement gérés par des associations comme Labo Paris Région Innovation —douze incubateurs répartis sur sept sites (Paris Incubateurs), ou encore Silicon Sentier, qui prévoit l’ouverture de son Grand lieu intégré d’innovation (GLII) en septembre 2013.

Incubateurs: des berceaux d’entreprises

Ils fonctionnent en deux temps, le premier étant l’aide aux start-up en phase «d’amorçage». Sélectionnées sur des critères de pertinence du projet, de faisabilité et d’innovation, elles reçoivent une aide financière et logistique, ainsi qu’un accompagnement personnalisé avec un référent dédié. «Notre rôle, c’est un peu celui d’un médecin généraliste», sourit Matthieu Giron, chef de projet au Paris Innovation Nord Express. «Nous dirigeons les entrepreneurs vers les ‘spécialistes’ dont ils ont besoin: avocats, leveurs de fonds, en marketing…». Côté financement, pourvu que l’incubateur soit labellisé, les start-up peuvent bénéficier des subventions de la ville de Paris, allant jusqu’à 30.000 euros.

Une fois l’entreprise lancée, l’accompagnement évolue. Les rendez-vous avec le référent se font moins fréquents, les bureaux s’agrandissent, les financements augmentent. Les start-up en phase de «décollage» peuvent demander une avance remboursable: un pret à taux zéro proposé par Oséo [entreprise publique qui finance les Petites et Moyennes Entreprises (PME) et leurs projets] et pouvant aller jusqu’à 100.000 euros.

A la Gaîté lyrique [espace de création et d’exposition dédié aux cultures numériques], l’incubateur, nommé Résidence CREATIS, n’existe que depuis un an mais plusieurs start-up ont déjà fait leurs preuves, comme Red Corner, label de production pour la télévision et le cinéma. Toujours en espace d’incubation, elle a déjà lancé six projets, dont plusieurs en collaboration avec d’autres start-up présentes sur le site. En préparation : un documentaire sur les robots à destination de Canal +, pour 2014, avec développement d’un portail Web et d’une exposition. «Nous ne sommes qu’une douzaine ici, mais il y a une vraie diversité des disciplines», reconnait Marie, en charge du développement.

Red Corner a ainsi recours aux services de Cool Hunt Paris, également en incubation à la Gaîté, en matière de community management [gestion de communauté en ligne]. «On bénéficie du fait que l’on se voit tous les jours, et que l’on a des centres d’intérêt communs, poursuit Marie. On est plus visibles, plus informés, et on a plus de débouchés: c’est exactement ce dont nous avions besoin.»

Co-working: du brainstorming à tous les étages

Cette émulation, les start-up déjà lancées la retrouvent dans les espaces de co-working. Ils proposent des bureaux à la location (à la journée ou plus) pour les entrepreneurs et encouragent l’échange de compétences. «Les entreprises restent en incubation entre six mois et deux ans, détaille Steve Hearn, vice-président de la Gaité Lyrique. Si elles bénéficient d’une demande importante, elles basculent dans l’espace de co-working». Situé Boulevard de Sébastopol, à deux pas de la Gaîté, il a été mis en place peu de temps après la création de l’incubateur, devenu trop petit pour accueillir tout le monde.

La Cantine, un des espaces de co-working les plus fréquentés de la capitale (Crédit photo : Flickr/CC/Philippe Gervaise)

La Cantine, un des espaces de co-working les plus fréquentés de la capitale (Crédit photo : Flickr/CC/Philippe Gervaise).

La Cantine, l’un des espaces de co-working phares de la capitale, fait face à la même affluence: plus de mille co-workers s’y sont rendus en 2012. Dans ce lieu sur trois étages, proposant espace café gratuit, open space de 14 places et un bureau partagé de dix postes, l’échange d’idées ne s’arrête jamais. Fiodor Tonti, innovative designer, s’y rend presque tous les jours depuis trois ans: «Les co-workers forment une vraie communauté. C’est du donnant-donnant».

Il donne des formations en graphisme et en design à la cantine, et sait qu’en retour, il peut s’adresser à l’un des co-workers au moindre souci. Pour Ben, stagiaire au sein de la start-up Cabaret Contemporain incubée à la Gaîté, «la mixité se fait d’elle-même, du fait de l’espace ouvert». Etudiant en médiation culturelle de l’art à Marseille, il y a découvert un nouveau milieu. «Je n’ai vu aucun endroit de ce genre ailleurs qu’à Paris. Il y a un côté très créatif et artisanal, brut, et c’est plutôt rare de nos jours».

Choisir le co-working est aussi avantageux économiquement. Pour Fiodor, c’est le moyen d’économiser le prix de la location d’un bureau et d’éviter la paperasse administrative qui s’en suit. Polyglotte et travaillant en freelance, cela lui permet également de rester mobile. Comme beaucoup de professionnels indépendants, il n’a pas d’intérêt à avoir de bureau fixe à Paris.

Les pôles de compétitivité, animateurs d’écosystème

Cette collaboration entre les acteurs du numérique se fait aussi au sein de Cap Digital et de Systematic, les deux pôles de compétitivité de la région parisienne spécialisés dans les technologies de l’information et de la communication (TIC). Issus d’une nouvelle politique publique lancée en 2004, ces clusters associent grands groupes, PME, instituts de recherche et universités autour d’une thématique et d’une région.

«L’ambition est de décloisonner une industrie dans laquelle les entreprises et la recherche sont séparées, éparpillées», explique Jean-Luc Baylat, président de Systematic. Aujourd’hui, le pole regroupe environ 700 membres, dont 500 PME et une centaine de grands groupes. Une initiative à plus grande échelle que celle des incubateurs, qui ne prennent en charge que quelques dizaines d’entreprises à la fois.

Cette initiative se différencie aussi par son fonctionnement. «Ce sont les entreprises et PME qui viennent vers nous, à la recherche de l’expertise des grands groupes», souligne Jean-Luc Baylat. Le but des pôles de compétitivité est en effet d’associer les entreprises pour créer et animer un écosystème du numérique en région parisienne. «Nous cherchons à favoriser les échanges entre les filières et la création d’une communauté autour de certaines pratiques», confirme Stéphane Distinguin, président de Cap Digital.

Une telle collaboration encourage l’innovation, notamment grâce à la recherche-développement, et donc la création d’emplois. «C’est l’ADN des pôles de compétitivité, assure Françoise Colaitis, déléguée adjointe en charge de la stratégie et des communutés chez Cap Digital. Les entreprises ont besoin de puiser dans l’écosystème pour se développer et innover, au contact d’autres infrastructures».

Coordonner les efforts de collaboration

La région parisienne possède donc un champ varié de lieux et d’infrastructures permettant la rencontre et la collaboration des acteurs du numérique. «Ce qui manque, c’est une coordination entre ces différentes initiatives», résume Matthieu Giron, de Paris Incubateurs. Un rôle que pourrait jouer le projet de Fleur Pellerin, Paris capitale numérique. «Cela renforcerait les initiatives qui existent déjà, mais qui sont pour l’instant très dispersées, ajoute Françoise Colaitis. Nous gagnerions beaucoup avec un tel projet, qui nous assurerait une meilleure visibilité et instaurerait une véritable synergie entre les acteurs du numérique». Ce projet sera présenté en juin 2013.

Marie-Violette Bernard et Morgane Giuliani

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