Paris, un problème de .com

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Le Festival Futur en Seine 2012, organisé par Cap Digital.
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Rivaliser avec la tech-city de Londres, voilà le mot d’ordre. Le projet Paris capitale numérique initié par Fleur Pellerin a vocation à concentrer pour mieux le faire rayonner l’écosystème parisien déjà existant, tout en attirant de nouvelles start-up. Car si Londres s’est auto-proclamée en 2012 «capitale européenne du numérique» en se positionnant devant Paris sur le panorama européen grâce à une technique de marketing bien rôdée et efficace —notamment à coup de slogans tels que «Technology is Great Britain»—, Paris n’est pas un nain en Europe dans le secteur.

«Paris est une ville qui a encore du mal à valoriser le numérique, bien que des initiatives se mettent en place», estime ainsi Benoit Raphaël, entrepreneur et consultant, ancien co-fondateur du Post et créateur du Plus. Le principal point faible est celui du financement. La crise économique a certes affecté toutes les villes européennes mais dans ce domaine, Londres résiste mieux que Paris. Autre spécialiste des médias numériques, Olivier Ezratty précise qu’il y a «plus de capital économique à Londres et surtout plus de business angels (particuliers qui investissent dans des entreprises innovantes, ndlr)». Le nombre d’investisseurs français est insuffisant et ils sont souvent trop frileux. «Ils ont plus des raisonnements de banquiers que d’entrepreneurs», souligne Georges Etienne, conseiller innovation de Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris. Quant aux investisseurs étrangers, ils ne se pressent pas dans la capitale française. La faute à un déficit de l’image entrepreneuriale française, mais pas seulement.

L’anglais est un autre obstacle à l’internationalisation du numérique parisien. La langue est insuffisamment utilisée dans les entreprises. Cela limite le contact avec les investisseurs américains alors que pour Olivier Ezratty «les Etats-Unis sont les ‘market-makers’ du secteur». Le non développement de produits ou de services en anglais cantonne également  les sociétés au marché intérieur français. «Or le marché domestique est restreint», rappelle Jean-François Galloüin, directeur de Paris Région Lab.

Et pour l’élargir, il faudrait une communication à la hauteur de la londonienne. Mais Paris n’excelle pas dans ce domaine. Le «retard en matière de marketing» est flagrant aux yeux de Stéphane Distinguin, fondateur de Fabernovel et président du pôle de compétitivité Cap Digital. Les compétences des étudiants et des chercheurs sont réelles, les innovations nombreuses mais «on n’a pas encore réussi à réconcilier business et science».

La communication institutionnelle pêche également. On le reconnaît même au cabinet de Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris. «Les Anglais font peu de choses mais communiquent beaucoup», ironise Georges Etienne, le conseiller innovation, «on y travaille mais notre priorité reste de mener des actions concrètes» entre structures publiques et acteurs privés. Et si Paris connaît des lacunes de formes, le fond est pourtant bien là, plus où moins développé d’un domaine à l’autre.

Des secteurs plus ou moins performants

Paris est une ville transversale, qui «n’a besoin de se spécialiser dans aucun secteur en particulier», dit Daniel Kaplan, créateur de Fing. L’innovation touche tous les secteurs, mais de manière plus ou moins poussée. Entrepreneurs et spécialistes sont formels, Paris excelle dans le domaine des objets connectés (ces objets auxquels on ajoute une connexion internet pour amplifier leur potentiel). Olivier Ezratty les met au même niveau que le e-commerce et que la robotique. En revanche pour Stéphane Distinguin c’est le big data, également cités par Jean-François Galloüin, qui ferait office de vitrine au numérique parisien. Le big data (traitement, analyse et stockage d’énormes quantités de données) reste toutefois un secteur qui en est encore à ses balbutiements. «Il est peu développé à Paris, comme partout ailleurs», précise Georges Etienne.

Les points forts de Paris sont nombreux, mais il y a des secteurs pour lesquels la ville française n’arrive pas à rattraper ces rivales d’outre-Atlantique. C’est le cas pour les plateformes Internet utilisées de façon internationale. «Ce sont clairement les américains qui dominent l’internet mondial. Dans ce secteur on est donc un peu en retard partout», explique Jean-François Galloüin.

Pourtant la France avait du potentiel dans ce domaine. Dailymotion, par exemple, a été créé avant Youtube mais a été complètement dépassé par la plateforme de vidéos américaine. Les réseaux sociaux, autre élément structurant d’internet, ne sont généralement pas non plus de fabrication parisienne, précise le directeur de Paris Région Lab. Ces lacunes peuvent-elles être comblées par la richesse de l’écosystème numérique parisien?

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Conférence au Strate Collège.
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Paris la prometteuse

Malgré l’avance des Etats-Unis et, dans une moindre mesure, de Londres, Paris possède d’autres bases bien solides. Daniel Kaplan considère même l’écosystème parisien comme «extrêmement performant». La capitale française jouit d’un environnement propice à accueillir de nouvelles start-up. Pour les attirer, un réseau d’entrepreneurs et la présence d’experts à employer sont indispensables. C’est un des points forts de Paris.

La capitale française regorge de nids à futurs développeurs et autres cerveaux innovateurs. Les écoles d’informatiques, comme Epitech et SUPINFO, les écoles d’ingénieurs, du type de Telecom ou des Mines, et les écoles de design industriel, à l’image du Strate Collège, densifient un terreau humain déjà riche. «Le leadership de Paris pour le nombre de chercheur est incontesté, avance George Etienne. La région compte 135.000 chercheurs, soit 6,5% des chercheurs européens. En pourcentage de chercheurs sur l’emploi total, Paris se place juste derrière Stockholm».

Encore faut-il loger tout ce tissu humain. Une ville innovante a besoin de lieux où l’on puisse «rencontrer et échanger», précise Daniel Kaplan. La Cantine et le Camping, deux co-working space bientôt regroupés pour créer le Grand Lieu d’Innovation Intégrée, sont des «plus» lorsqu’il s’agit de tisser une communauté numérique. De son côté, George Etienne annonce l’ouverture de 100.000 m2 d’incubateurs promus par la ville de Paris en 2014. Il n’y en avait que 5.000 m2 en 2001. Mais l’écosystème parisien ne serait rien sans le potentiel de mobilité qu’offre la capitale, explique Daniel Kaplan. «Toulouse est un pôle parfaitement compétitif mais la ville n’offre pas le même potentiel de connectivité que Paris». A moins d’une heure et demi de train de Londres, on fait difficilement mieux.

Gwendolen Aires et Maïna Fauliot

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