Paris « capitale numérique » : ce que veulent les entrepreneurs

En mars, la ministre Fleur Pellerin annonçait un grand plan pour faire de Paris une « vitrine internationale » du numérique avec un objectif : combler le retard français en la matière. Qu’en pense les principaux intéressés? Recueil des doléances après un concours de start-up organisés dans le 2ème arrondissement de la capitale. 

Crédits photo : Flickr CC jiscinfonet

Crédits photo : Flickr / CC / jiscinfonet

La pression n’est pas encore retombée. Damien Odin n’a eu que cinq minutes pour convaincre une cinquantaine de personnes que sa start-up BestofTicket, était la plus prometteuse parmi les 5 présentées ce soir. En attendant le vote du public, Damien s’accoude au comptoir en bois du Players bar qui accueille chaque mois le concours Start In Paris. Le but? Promouvoir les jeunes start-up auprès de la communauté tech parisienne.

Dans ce milieu ultra-compétitif, se faire connaître est primordial, d’autant plus à Paris. Selon un classement américain de 2012, la ville lumière n’occupe que la onzième place des écosystèmes favorables aux start-up, loin derrière la Silicon Valley qui caracole en tête de l’étude. Sont pris en compte une multitude de facteurs et données dont la formation, le coût d’une création d’entreprise, le nombre de ventes effectuées et bien d’autres.

Main d’œuvre qualifiée et formation adapatée

Pour faire jeu égal avec les Américains, plusieurs entrepreneurs présents à l’événement déplorent le manque de main d’oeuvre qualifiée. Sébastien Lévy, fondateur de Makeafriend.com, est de cet avis : « A Paris, il est très difficile de recruter un développeur ». Pour lui, la solution idéale serait de multiplier les initiatives telles que « adopte un CTO » censées rapprocher programmeurs et entrepreneurs.

Il pense d’ailleurs qu’il faudrait s’attaquer au problème bien avant l’entrée sur le marché du travail. Guy-Philippe Goldstein, consultant pour start-up, acquiesse :  « En sortant des écoles de commerce on a des idées, mais pas les compétences techniques pour se lancer ». Comment améliorer l’offre de formation? « En augmentant les partenariats entre les écoles de code, de design et les grandes écoles d’ingénieurs et commerce » explique-t-il.

C’est justement l’ideé de Xavier Niel, fondateur de l’opérateur Free, qui ouvrira à Paris en juillet 2013 l’école informatique 42 qui espère former 1.000 personnes chaque année. Un premier pas mais pour Guy-Philippe : « Ce n’est pas encore suffisant face à la demande ». Les chiffres lui donnent raison : selon une étude publiée en mars 2013 par le cabinet de recrutement digital Altaide, il manque 50 000 développeurs web en France.

Penser international

Face à l’ampleur de la pénurie, il faut savoir dépasser nos frontières : « c’est même la clef » dit Roxanna Varza, fondatrice de la branche française de Girls in Tech, qui accompagne des start-up chez Microsoft. Selon elle, Paris ne peut réussir sans« créer des liens avec différentes villes et pays, en particulier avec la Tech city de Londres».

Elle ajoute que ce marché international est aussi celui des consommateurs : « Le marché français est limité à 60 millions de personnes, il faut viser large dès le départ car le marché de la start-up est, par essence, mondial« .

Des loyers moins chers, une aide plus concentrée

Dans cet océan d’offres et de demandes, Guy-Philippe Goldstein rêve d’une innovation :  « un guichet unique parisien qui regrouperait toutes les informations sur les aides à la création ». Si Fleur Pellerin l’a bien évoqué en mars, certains grands groupes ont pris de l’avance. Le siège français de Microsoft pilote par exemple depuis peu un espace dédié aux start-up numériques.

Ce type de lieux (incubateurs, pépinières, accélérateurs ou clusteurs)propose souvent des locaux à partager entre plusieurs entreprises. Et cela a un immense avantage pour Damien Ondin, le prix du loyer : « Dans un incubateur, les prix varient entre 300 et 500 euros par poste ». Une somme hautement attractive par rapport au prix du marché locatif.

Damien finit sa phrase quand le jury annonce les résultats. Il n’a pas gagné, il sourit tout de même : « Après notre présentation, plusieurs personnes de Paris Business Angel sont venues nous voir. Elles nous ont dit qu’elles allaient faire passer notre dossier de candidature plus rapidement. C’est la porte ouverte vers de nouveaux investissements ». 

Alexia Luquet, avec Judith Chetrit et Meiqi An

Advertisements